Vivre un deuil autrement

Il faut bien que le deuil se fasse !

J’ai entendu plusieurs fois ce genre de phrase lors des séminaires que j’anime et il m’a semblé intéressant de nous interroger dans cet article sur la nature et le processus du deuil suivant la lecture bioanalogique.

On ne peut nier que le choc émotionnel lié à un décès dépend de plusieurs paramètres tels que les conditions de ce décès et les liens affectifs que l’on entretenait avec la personne décédée.

Par exemple, on peut supposer qu’un décès dû une longue maladie a un impact moins brutal que celui qui survient lors d’un accident ou par un suicide. De même que le décès d’une grand-mère peut être ressenti plus douloureusement que celui d’une mère, si cette grand-mère avait établi un lien très fort avec sa petite-fille ou son petit-fils.

Ce choc peut également se lier à des conséquences sociales du point de vue matériel, en effet un décès peut changer complètement les conditions de vie d’une personne voire d’une famille.

Culturellement, « faire son deuil » est considéré comme un processus laborieux, long, douloureux mais incontournable. Et qu’il s’agisse de la psychanalyse classique qui considère ce processus comme nécessaire avant de pouvoir « passer à autre chose » ou les Traditions anciennes qui ont toutes des rituels précis et des délais de deuil à respecter, ce processus semble universel.

Elisabeth Kübler-Ross a parfaitement défini ses différentes étapes en les nommant : le déni, la colère, le marchandage, la dépression, et l’acceptation. Boris Cyrulnik qui introduit le concept de résilience ou « l’art de naviguer entre les torrents », le voit comme un processus nécessaire de délivrance.

Je reconnais la pertinence de l’analyse de ces mécanismes et je crois également qu’un deuil doit être terminé si l’on veut « passer à autre chose ».

Mais la question que je pose se situe à un autre niveau : n’y a-t-il pas une autre façon de faire face à la perte d’un proche que celle de se résigner à « faire son deuil » ?

Pour cela partons de l’affirmation de Freud disant que la douleur du deuil – qui s’atténue après un long processus – entraine un manque d’intérêt pour le monde extérieur et l’impossibilité d’aimer et de s’aimer.
On constate alors que dans leur douleur, les gens pleurent ce qui a été et qui ne sera plus ou ce qui n’a pas été et qui ne sera jamais.
En fait, la souffrance de la séparation est liée à l’identification à ce que nous n’avons pas vécu.

C’est la raison pour laquelle, à mon sens, faire du deuil un processus est un mécanisme de survie et non de Vie ! Il s’agit de changer notre regard sur le deuil et de le considérer comme un constat qui se révèle lorsque que l’on choisit de vivre pleinement sa créativit.

  • Le deuil n’est pas un processus, c’est un constat

La Loi du Principe nous permet – face à un évènement douloureux comme celui d’une séparation – d’entrer directement en contact avec ce que nous ne faisons pas vivre en révélant le Principe neutre de l’évènement qui nous touche.

Pour cela nous devons d’abord analyser l’évènement hors de tout affect.

Même si la formulation peut paraître très réductrice – et quelque peu abrupte -, avec le lexique de la Loi du Principe, on peut ainsi traduire :

  • Le décès du père : Vivre avec comme seule référence le respect et la reconnaissance de soi en cessant de chercher une validation extérieure.
  • Le décès de la mère : Vivre dans la certitude absolue de ne pouvoir
    être en paix qu’en ne voulant pas autre chose que ce qui est là, sans aucun attachement au passé.
  • Le décès du frère ou de la sœur: Vivre pleinement l’accueil dans la bienveillance pour soi, en cessant de vouloir donner de l’amour à l’extérieur pour en recevoir.
  • Le décès de l’enfant : Vivre pleinement sa vie en cessant d’agir pour obtenir un résultat.

J’ai toujours gardé en mémoire l’histoire de cette femme qui a perdu son fils unique dans un accident, la veille de venir à un de mes séminaires.

Peu de temps après, elle est pourtant venu faire toute la formation que je proposais en Bioanalogie.
Un an après le décès de son fils elle m’a dit : « Ce que je vais dire, je ne peux le dire qu’à toi parce que je crois que les autres ne pourraient pas le comprendre : je n’ai jamais été aussi vivante qu’aujourd’hui. »

Comprenons-nous bien, il est évident qu’elle ne me disait pas qu’elle n’avait jamais été « aussi heureuse »… Ce n’est pas de cet ordre-là, bien sûr. Mais par ces mots, elle témoignait du fait que l’intégration du sens de cet évènement l’avait installée dans sa créativité unique.

Elle n’était pas restée identifiée à ce qu’elle ne pouvait plus vivre ni à ce qu’elle aurait pu vivre avec son fils. En clair, le chagrin dû au décès de son fils n’était pas un frein à sa réalisation.

Redisons-le, révéler le Principe d’un événement nécessite de passer par un regard neutre, sans aucun jugement ni interprétation. Il ne s’agit pas d’un exercice mental sur ce que représente tel ou tel être cher qui vient de nous quitter. Il s’agit d’extraire le Principe neutre – non affectif – de l’événement par lequel nous nous trouvons dans la séparation.

En résumé, si l’on veut « faire le deuil », on met les causes de notre souffrance à l’extérieur et on cherche à « travailler » sur celles-ci. On reste donc dans la dualité pour survivre.
Tandis que l’intégration qui fait du deuil un constat n’est pas processus.

Ce constat témoigne que l’on choisit de vivre en laissant la vie prendre sens en nous et il confirme que l’on prend la responsabilité de ce qui nous arrive.

Et se choisir dans la reconnaissance de soi, c’est choisir la vie.

Ainsi, l’identification à l’événement entraine un processus de survie pour réparer la blessure.

L’intégration du Principe est un acte de vie.

 

La chronique de la Loi du Principe

L’art de lire les signes de la vie par Jean-Philippe Brébion

Paru dans Néosanté, mars 2017, numéro 65

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2 réflexions sur “Vivre un deuil autrement

  1. Merci pour cette vision à laquelle j’adhère et j’aurais aimé connaître le sens pour le décès d’un conjoint.
    Merci.

    • Bonjour. En effet, c’est une tout autre vision. Pour le conjoint, je prend en note pour le suggérer à Jean Philippe. Sinon, pour une réponse personnelle, vous pouvez contacter un bioanalogiste ou Jean Philippe pour une consultation personnelle.

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